lundi 28 mai 2012

Lutte contre l’habitat indigne : où en est-on réellement en 2012 ?


Quand il a acheté avec sa femme sa maison à crédit, Jean pensait faire une bonne affaire. Elle nécessitait beaucoup de travaux mais en bon bricoleur, il a retroussé ses manches. Après avoir cassé les murs intérieurs et évacué les gravas benne après benne, il a fait son plan et s’est mis à piocher. Il a installé les gaines PTT, gaz, eau, électricité, puis a remblayé, le tout à la main. Ensuite, il a fallu faire le toit. Au total, cinq ans de travaux. Cinq années passées à vivre dans la caravane avec sa femme, dans l’attente de pouvoir retrouver le confort. Mais le sort en a voulu autrement. « Plus de sous, il a fallu tout arrêter », dit Jean, résigné. Le destin s’acharne et sa femme décède, son état de santé aggravé par ces mauvaises conditions de vie. Le quinquagénaire se retrouve seul au milieu de ses travaux inachevés, sans chauffage ni sanitaire. Il constate, plus qu’il ne se plaint : « Se laver dans une bassine, c’est pas génial… et puis le chauffage, ça manque… l’été ça va, mais l’hiver, c’est dur ! »
Aujourd’hui, Jean a trouvé le soutien de son ami et voisin, Paul, qui l’aide à faire les démarches complexes pour obtenir des aides aux travaux. « Les papiers, c’est pas mon truc, j’suis pas un intello ! », dit-il pour se justifier. Progressivement, Jean va peut-être réussir à terminer la rénovation de sa maison. Et reconstruire sa vie.

2 187 000 personnes vivent dans des conditions très difficiles ou dégradées
L’histoire de Jean, c’est l’histoire de l’habitat indigne. De ces logements insalubres ou dangereux qui présentent des risques pour la santé ou pour la sécurité des personnes qui y vivent. Maisons en ruine, travaux inachevés, locations indécentes par leur petite surface ou l’état du bâti, entrepôts, caves, mobil-homes, caravanes… En un mot : les taudis. En France, aujourd’hui, 2 187 000 personnes vivent dans des conditions très difficiles ou dégradées : logements exigus, sans eau, sans WC, sans chauffage. Près de 600 000 logements seraient considérés comme des taudis et plus de 974 600 personnes sont privées de domicile personnel. Ces familles vivent dans des cabanes, des constructions provisoires, des hôtels meublés, des campings...

Au-delà du problème du logement, on rencontre très souvent des personnes en très grande difficulté d’ordre social et/ou sanitaire : exclusion sociale, grande précarité, problèmes de santé, isolement, fragilité psychologique. Il n’est pas toujours facile d’imaginer que derrière de nombreuses portes se cachent des personnes vivant dans la misère et la solitude. Souvent par habitude, par fatalisme ou par découragement, elles ont accepté leur situation et leur souffrance. Elles n’appellent pas au secours et deviennent alors «invisibles». Pour pouvoir les repérer et leur venir en aide, il faut aller au-devant d’elles avec précaution. Les plus concernés sont les personnes seules et les familles mono-parentales, vivant pour la majorité des minima sociaux ou d’une faible pension de retraite. Certains, comme Jean, sont propriétaires occupants en milieu rural ou en ville, et sont victimes des mauvaises conditions de leur habitat sans avoir les moyens de l’améliorer. D’autres sont locataires et victimes des fameux « marchands de sommeil » qui, pour des loyers loin d’être dérisoires, logent des familles entières dans des appartements insalubres de 12 m2.

Que font les pouvoirs publics ?
Beaucoup de paperasses, mais pas toujours de l’efficacité ! En effet, début des années 2000, une série de programmes d’actions interministériels ont été lancés : le Plan National d’Action pour l’Inclusion Sociale 2003-2005 (PNAI) ; le plan national "santé-environnement ", adopté en juin 2004 ; le plan de Cohésion Sociale, présenté au conseil des ministres du 30 juin 2004, annonçant, notamment, le renforcement du dispositif institutionnel de lutte contre l’habitat indigne par des mesures de simplification et d’harmonisation des polices administratives.

Un grand nombre de dispositifs et d’outils opérationnels mis en place pendant les dix dernières années et pourtant, peu de résultats. Pourquoi ? Les raisons sont malheureusement les mêmes que l’on rencontre dans tous les autres domaines où l’Etat intervient : lourdeur et lenteur des procédures administratives qui entravent les bonnes volontés, manque d’accompagnement personnalisé des familles qui se trouvent souvent démunies devant la complexité du système, trop peu de logements disponibles pour reloger décemment les personnes.

« Depuis l’arrêté d’insalubrité établi par le Préfet il y a plus d’un an, rien ne se passe et maintenant nous sommes menacés d’expulsion ! », témoigne Nathalie, mariée et mère d’une petite fille de 2 ans et demi. Cette famille occupe une maison ancienne avec jardinet en banlieue parisienne. Au moment de signer le bail, Nathalie se souvient que malheureusement, ils n’étaient pas en mesure d’être très exigeants sur l’état général du logement : « vu notre situation, c’était déjà bien d’avoir ça ! » Mais les mois passent et la famille constate l’ampleur des risques à vivre sous un toit prêt à s’effondrer, des planchers troués et des fenêtres non isolées. Après une déclaration d’insalubrité auprès de la préfecture, le propriétaire est sommé d’effectuer les travaux nécessaires. Mais il n’a pas les moyens – ou ne veut pas les mettre – et l’affaire s’éternise, les lettres recommandées s’entassent, les allers-retours au tribunal… Jusqu’au point où Nathalie décide de ne plus payer le loyer, ce qui constitue une faute au regard de la législation, quelle que soit la situation. En parallèle, elle cherche un autre logement. Plutôt difficile car le couple sans emploi ne remplit jamais les conditions nécessaires. En dernier recours, ils ont saisi la commission de médiation dans le cadre du DALO pour obtenir un relogement, mais la décision peut prendre de 3 à 6 mois – plus souvent 6 – quand elle aboutit. Nathalie commence à se préparer à l’idée de finir dans un foyer d’hébergement.

Plusieurs associations luttent en France contre l’habitat indigne. Elles ont besoin du soutien et de la solidarité de tous pour mobiliser les acteurs et les administrations concernées. Pour qu’enfin, en 2012, chacun puisse avoir accès à la dignité et abriter sa famille sous un toit décent.


Article écrit par Isabella Marques, paru dans Actualutte n°23

vendredi 6 avril 2012

La tempête Nadéah se déchaîne à la Cigale


La chanteuse Australienne et ses musiciens ont enflammé la Cigale lundi soir, enchaînant pop jazzy, ballades folk et punk déjanté. Le tout bourré d’émotion, d’énergie, de sincérité, d’humour et de séduction. On est abasourdi, sous le charme, on en veut encore et encore !

Scotchée. Littéralement. Collée à mon siège, je me prends Nadéah en plein cœur. La belle arrive sur scène version Cowboy, cravache à la main, pour nous asséner un de ces derniers titres aux allures country : I Burned a Cowboy at the Melbourne Airport. Magistrale !
Puis s’enchaînent les morceaux, tous uniques en leur genre, comme si chacun révélait une facette différente de la chanteuse "kaléidoscopique". On découvre des ballades folk très personnelles comme Song I Just Wrote pour laquelle sa voix se fait douce, presque timide… Un moment privilégié, intime, entre elle et son public… Et puis arrive Pinot Noir and Poetry for Breakfast et on retrouve une Nadéah sensuelle, puissante, provocatrice, qui se met à circuler à travers la foule, micro à la main, jusqu’aux balcons où elle chevauche la rambarde au dessus du vide, façon chanteuse de cabaret. Comme un seul homme, le public de la Cigale tombe amoureux, le sourire aux lèvres, béat d'admiration.
Et les surprises ne s’arrêtent pas là. Nadéah fait monter sur scène le rappeur Ben Mazué, pour une reprise du Get Off de Prince. Je dois l’avouer : j’ai eu très peur. S’attaquer au God Himself, il fallait oser. Mais là encore, belle réussite avec une version originale, très funky et bien tenue par les deux artistes.
C'est que l’ancienne chanteuse de la formation Nouvelle Vague sait s’entourer. Un peu à la façon Prince des années Sign O’ the Times, réunissant parmi ses musiciens des personnalités originales qui ne disparaissent pas derrière elle, pourtant si charismatique. A noter en parlant de musiciens de talent le petit passage, en guest star, des cuivres du groupe Babylone Circus. Un bonheur !
Deux heures de pied intégral, emmenée par cette grande blonde si extravagante et touchante à la fois, qui apparemment, a l’air d’avoir pris son pied aussi, ce soir-là, sur la scène mythique de la Cigale. Prochaine date à ne pas manquer : le 29 juin au Café de la Danse.






Nadéah au CENTQUATRE à Paris, le 28 mai 2011

jeudi 5 avril 2012

Suicide d’un retraité grec : allons-nous continuer à compter nos morts ?


Mercredi 4 avril, vers 9 heures du matin, Dimitris Christoulas, retraité âgé de 77 ans, s’est suicidé sur la place Syntagma. Une victime de plus de la crise capitaliste.

« Puisque mon âge avancé ne me permet pas de réagir de façon dynamique […], je ne vois pas d'autres solutions que cette fin digne de ma vie. Ainsi, je n'aurai pas à fouiller les poubelles pour assurer ma subsistance. » Tels sont les derniers mots de M. Christoulas avant de se tirer une balle dans la tête, à quelques pas du Parlement où depuis des mois le peuple grec crie sa détresse sans que le gouvernement ne semble l’entendre. Pire, leur seule réponse est de lancer leur meute de chiens qui frappent et gazent hommes, femmes et enfants.
Ce geste désespéré, il doit bien sûr nous émouvoir mais surtout nous révolter, alimenter notre colère contre ces gouvernements qui laissent leur peuple désemparé face à des dettes insurmontables. Car c’est toute l’Europe qui est touchée. Si en Grèce le nombre de suicides a augmenté de façon tragique (+40 %), en Italie aussi, les suicides pour raison économique se multiplient. Depuis le début de l’année, en moyenne, un Italien par semaine au moins se serait suicidé après un licenciement ou un dépôt de bilan.
En France, où nous avons le taux de suicide parmi les plus élevés d’Europe, avec 130 000 tentatives et 11 000 morts par an, l’association France Prévention Suicide organisait en février dernier un colloque sur le thème « face à la crise : solitaire ou solidaire ? ». Un appel a été lancé pour «  la création d’un observatoire des suicides et des crises suicidaires » (pétition en ligne « appel des 44 », http://www.observatoiresuicides.fr/).
Dans les rues d’Athènes, quelques heures après le drame, dans les rangs des manifestants venus rendre hommage à Dimitris Christoulas, on a pu entendre : « Soulevez-vous, son sort sera le sort de nous tous ». Ne laissons pas ce cri d’alerte retomber dans le silence. Agissons avant que notre père ou notre frère soit le prochain.

Publié dans : http://actualutte.info/magazine/item/289-n%C2%B022-d%C3%A9rives-monarchiques-et-privil%C3%A9gi%C3%A9s-de-la-r%C3%A9publique

vendredi 15 juillet 2011

Déjeuner militaire bd du Montparnasse

14 juillet, journée de la fête nationale. Impossible de travailler ou de faire quoi que ce soit, la France s'arrête pendant 4 jours... La télé, insupportable : les préparatifs, la retransmission en direct des Champs...

Je décide donc d'aller tranquillement déjeuner avec un ami, loin de toute cette agitation ridicule. Rendez-vous boulevard du Montparnasse, à la terrasse du Select. 13h30, petite salade diététique, œufs au plat, carafe de Côte du Rhône, on s'apprête à un gueleuton sympathique dans la quiétude d'un Paris vide...

Erreur ! Au premier coup de fourchette, une cavalerie débarque sur le boulevard ! Moteurs vrombissants, klaxons, la terre tremble, c'est le débarquement ! Camions, chars d'assaut, tanks, le boulevard se remplit d'un dégueulis kaki et noir !! Impossible de continuer la conversation, piégés, forcés d'assister sans voix à ce défilé de pantins en uniformes... Ils sont fiers, font des coucous imitation Diana aux quelques touristes qui sortent leurs appareils numériques.

Mon ami, qui est un homme calme et indulgent, me dit : "La police, l'armée, c'est un mal nécessaire... Mais de là à les glorifier..."

Je me prends à rêver d'un monde sans uniformes, sans chars de guerre, sans armes, sans imbéciles... Et je replonge dans mes carottes qui ont soudain un goût d'essence.

Tiens, Henri Chapier rentre au Select de sa démarche hésitante. Un petit vent d'intelligence et de culture passe... ça fait du bien !

vendredi 1 juillet 2011

L'AFFAIRE DSK... DU GRAND N'IMPORTE QUOI

On critique le scénario tiré par les cheveux, on ironise sur les caricatures faciles, on plaisante sur la morale américaine à 2 balles... C'est pire qu'un mauvais épisode de "New York Police d'Etat" mais on regarde quand même...

On n'a jamais autant parlé d'un mec sur la planète les derniers temps. Dans tous les dîners, repas de famille, réunions d'affaires, même avec la boulangère...

Les journalistes de tous bords se gavent, un sujet en or, tous les angles sont possibles : campagne électorale, économie mondiale, féminisme... DSK incarne soudain tout et n'importe quoi, une icône médiatique qui perd son identité pour devenir un Michael Jackson version politique.

Rebondissement du dernier épisode, diffusé ce jour dans le monde entier : la femme de chambre avait des contacts avec la pègre et aurait reçu des versements de 100 000 dollars d'un soit-disant leader... euh pardon, lapsus... dealer...

Si DSK est innocenté, la médiatisation du retour du "héros" en France promet d'être digne des mariages princiers 2011 !

Pendant ce temps, il y a des vrais gens qui vivent dans la vraie vie, et qui commencent à en avoir un peu marre d'être pris pour des cons.

dimanche 13 février 2011

Fuck Valentin!




Pendant quelques années, le 14 février a représenté pour moi une inscription au feutre noir sur une chemise cartonnée, indiquant en plein centre : « Opération commerces – Saint-Valentin ».

Eh oui, quand on travaille dans la com’, la Saint-Valentin, c’est d’abord un gros devis avec plein de zéros. Il faut trouver une identité visuelle au concept pas trop ringard mais qui crée l’émotion, une accroche incitative qui induit que de ne pas offrir un cadeau à votre chéri(e) ce jour-là fait de vous un grand criminel ; c’est aussi décliner ce concept selon une stratégie marketing définie pour vous faire consommer à max !

Tout ça en vous persuadant que le 14 février, c’est l’un des plus beaux jours de l’année !

Alors que pour la plupart d’entre vous, le 14 février, c’est plutôt un gros cauchemar qui commence dès la fin janvier. Tous ceux qui ont quelque chose à vous vendre lancent d’impitoyables attaques sur vos écrans de télévisions, vos pages Internet, vos emails… Votre boîte aux lettres vomit des prospectus de chez Carrefour et Monoprix couverts de jolis petits cœurs… Partout, en rouge, en rose, en bleu layette, enrubannés, parfumés, des cupidons sadiques vous crient niaisement des « dites-lui je t’aime » !!

MAIS A QUI PUTAIN ???

Est-ce qu’ils pensent aux célibataires, aux veufs, aux couples séparés qui voudraient bien oublier qu’il ou elle ne sera plus là pour lui dire « je t’aime », à ceux qui entretiennent avec leur boy(girl)friend du moment des relations tellement tordues que la simple idée de lui déclarer son amour leur fait lever un sourcil dubitatif, genre « non, là, j’le sens pas le coup de

la Saint-Valentin »… ?

A toutes ces âmes solitaires qui vont tenter ce 14 février de faire comme s’il s’agissait d’un jour comme un autre, je voudrais envoyer ce message : courage ! Ça ne dure que 24 heures, le 15 c’est fini, ils arrêtent de nous faire chier avec ça, les décorations cucul la praline sont décrochées dans les vitrines… bientôt remplacées par celles de Pâques ! Et là, le coup des œufs, des cloches et du chocolat, c’est pour tout le monde !!

Alors fuck Valentin et vivement Pâques !

lundi 15 mars 2010

Le FN se meurt (méthode Coué)

Habituellement, je ne la ramène pas trop lors des élections, vu que je fais partie - honte sur moi - de cette moitié de la France qui ne remplit pas son devoir de citoyen. Les raisons qui m'ont privée de carte d'électeur jusqu'à maintenant ne sont pas très importantes. Elles ne sont d'ailleurs que moyennement valables. Bref, cette année, je me le suis promis, je vais m'inscrire, ne serait-ce que pour participer - si je suis encore en France - au grand coup de pied dans le c.. de Sarkozy en 2012 (on y croit, on y croit !).
Alors ce matin, j'étais comme beaucoup devant mon écran, avec mon café, à décortiquer les chiffres et à me faire ma petite revue de presse matinale.
Que penser ? 12% pour le FN... Ça me parait beaucoup, le Monde dit que c'est beaucoup, et pourtant c'est moins qu'en 2004. Je vais vérifier les résultats du 1er tour en 2004 (site officiel du ministère de l'intérieur), en effet : on a 36,86% pour la gauche, 33,73% pour la droite et 14,70% pour le FN. Et là, en 2010 : 29,48% pour le PS contre 26,15% pour l'UMP et 11,7% pour le FN. La bonne nouvelle peut-être, c'est le 12,4% d'Europe Ecologie.
Donc, calmons-nous, même si il y a encore 2 millions de fachos de trop en France, ils auraient plutôt tendance à être en baisse. Attention aux médias qui crient à la remontée de l'extrême-droite et qui du coup leur font un bon coup de pub ! Par contre, ce qui fait un peu peur, c'est que Marine a convaincu, qu'elle va reprendre la suite, et qu'on va encore se les taper pendant les 30 prochaines années si ça continue (avec en prime la petite-fille pour soutenir la tata, beurk !).
Côté PS, ça rassure quand même, on attend de voir le second tour, mais ça paraît bien amorcé.
Ne pas oublier quand même que malgré le "raz de marée" à gauche en 2004, on a récolté Sarko en 2007 ! Les Français sont bizarres, non ?

Mais bon, je ne suis pas sûre de tout comprendre en politique... D'ailleurs, c'est un peu risqué de m'exprimer publiquement sur le sujet... Mais c'est le but de ce blog, raconter mes petites histoires et mes petites humeurs...

ps: quelqu'un connaît un moyen de se faire faire une fausse carte d'électeur ?